Presse

“La danse de François Veyrunes est un voyage cosmologique, une invitation
à braver l’inconnu, les peurs, et vous réconcilie avec l’humanité.”
Marie-José Sirach,
journaliste, chef du service culture de l’Humanité, présidente du Syndicat de la critique danse et musique.

24.07.201

Avignon : Hip hop, inspiration africaine et architecture charnelle
Une large palette de danse contemporaine s’est déployée pendant le festival d’Avignon.

Une lumineuse mise en beauté du mythe
On ralentit d’un coup et on se laisse absorber par la houle de Sisyphe heureux, de François Veyrunes, présenté au Théâtre des Lucioles. Enracinée
et compacte, toujours en suspension, l’écriture du chorégraphe grenoblois tire sur un ruban de portés acrobatiques, le plus souvent exécutés en couples,
qui traverse l’espace comme un grand cycle de mouvements continus.
Les six danseurs passent et repassent, s’escaladent, glissent d’une étreinte sculpturale à une prise écartelée, érigent des architectures charnelles.
Dans une maîtrise fascinante des poids et contrepoids, de l’équilibre, des creux et bosses de chacun, ils conjuguent mille et une façons de porter
l’autre, de le soutenir. Des jambes s’ouvrent en soleil, deux corps tournoient comme une hélice… Un trait d’union permanent se tisse entre le sol où
ils prennent leurs appuis et le ciel où ils jettent des passerelles. En noir et blanc, Sisyphe heureux est une lumineuse mise en beauté du mythe. Après
Tendre Achille, pour trois hommes, Chair Antigone avec trois femmes, cette pièce rassemble les six interprètes dans une célébration grave de la cause
de l’humain. Elle clôt somptueusement la trilogie de Veyrunes sur les figures mythologiques.
Rosita Boisseau

JE DANSE DONC JE SUIS
Dans Sisyphe Heureux, François Veyrunes éclaire le mythe et sa répétition du geste, en quête de transcendance et de liberté.
Sisyphe heureux est le dernier volet d’une trilogie chorégraphique sur les héros de la tragédie grecque entamée en 2014 par François Veyrunes avec
les danseurs de sa Compagnie 47.49, créée en 1989. Un espace-temps qui lui permet de creuser sa ligne de recherche autour de « la question de
l’être en tant que sujet ». Trois hommes interprétaient d’abord Tendre Achille, puis trois femmes donnaient corps à Chair Antigone et les voici aujourd’hui
réunis dans ce Sisyphe heureux, où ils poursuivent ensemble leur exploration d’un univers contemporain enraciné dans la puissance des grandes
figures mythologiques qui imprègnent notre inconscient collectif. Condamné par les dieux, pour avoir osé les défier, à pousser sans cesse jusqu’au
sommet d’une montagne un rocher qui retombe à chaque fois qu’il croit avoir atteint son objectif. Sisyphe symbolise un éternel recommencent et une
lutte acharnée pour atteindre son but.
Un fruit mûr gorgé de soleil et de sueur
C’est aussi une belle métaphore du travail des danseurs et tout particulièrement dans ce ballet qui s’offre comme un fruit mûr gorgé de soleil et de sueur,
et s’ouvre par la danse contact d’un couple qui se cherche autant du regard que du corps. Ce sont les plus beaux moments de ce spectacle, qui se
déploie dans une recherche exigeante de maitrise et de précision, que ceux où les visages des interprètes se fondent et se rejoignent, en osmose.
François Veyrunes inscrit sa danse dans l’épure philosophique de Merce Cunningham, auprès de qui il s’est formé, et dont la recherche d’un « corps
engagé » est pour lui ne boussole. Elle est aussi proche de celle des incroyables danseurs japonais Sankai Juku, de la fluidité et de l’étirement de leur
geste qui exige une grande physicalité et liberté d’interprétation.
Marie Julie Debeaulieu, Gaétan jamard, Jeremy Kouyoumdjian, Sylvère Lamotte, Emily Mézières, Francesca Ziviani jouent ensemble de toutes les lignes
de la verticalité et défient les lois de la gravité. Ancrés au sol, mais déployés comme des oiseaux, terriens et aériens. Danseurs et acrobates composant
des arabesques où on ne peut jamais perdre la centimètre de peau et de muscle qui relie à son partenaire. Ils déclinent des portés où les femmes aussi
vont porter les hommes dans une solidité et légèreté rares. Le geste étiré, tenu en suspension, est souffle, vibration, note de musique qui entre en
résonance avec l’univers sonore singulier également conçu par François Veyrunes avec la collaboration de son complice Stracho Temelkovski.
L’espace du plateau a été pensé comme une terra incognito où se plie et se déplie le corps des danseurs lors de leur effusion-fusion à deux, à trois,
à six. Vêtus de noir et de blanc, ils entrent et sortent des différents tableaux, répétant et déclinant un geste hypnotique, à tout moment unique dans
son tracé, approchant leurs propres limites sans se bruler.
« La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux » prédisait Albert Camus dans le Mythe de
Sisyphe (Folio, essais), qui, contre l’absurdité et l’inintelligibilité du monde, en appelait non au espoir mais à la révolte. Une méditation qui sert aussi
de ligne d’horizon à cette danse de la présence au monde.
Marina Da Silva

On imagine Sisyphe heureux au Off du Festival d’Avignon
Après Antigone et Achille, le chorégraphe François Veyrunes s’attaque au fondateur mythique de Corinthe. Un spectacle de danse élégant et hypnotique.


CRITIQUE – Après Antigone et Achille, le chorégraphe François Veyrunes s’attaque au fondateur mythique de Corinthe. Un spectacle de danse
élégant et hypnotique à voir au Théâtre des Lucioles.
«Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des représentations», écrit Nietzsche. Aussi doit-on admettre que remonter sa pierre éternellement n’est pas un
supplice mais la nature de la vie même. «Il faut donc imaginer Sisyphe heureux», écrit Camus dans Le mythe de Sisyphe, son essai sur l’absurde.
François Veyrunes, chorégraphe installé dans la région Auvergne Rhône-Alpes, choisit de mettre cette affirmation en spectacle. Le troisième volet après
Chair Antigone et Tendre Achille. Le premier était interprété par trois hommes, le second par trois femmes.
Sisyphe réunit les six danseurs, sur un plateau nu. Le couple qui ouvre donne la gestuelle qui sera répétée une heure durant: un mouvement circulaire de
portés qui font monter et descendre les partenaires, tête en haut ou en bas, on échange les rôles de porteur et de porté et créant une vague continue.
Lorsque les danseurs sont seuls, ils établissent le même type de gestuelle pour s’arracher au sol, mains poussant de part et d’autre de la tête et corps
montant les pieds en l’air dans des poses inspirées d’un hip-hop au ralenti.
Sur un rythme de percussions, galop primordial qui va s’amplifiant, le spectacle enroule et déroule ses portés lentement comme Sisyphe son rocher.
Il est heureux, l’effort ne paraît pas, les danseurs tous excellents partagent ce rituel de la pesanteur et de l’élévation, de l’offrande au ciel toujours
prisonnière de la terre. La pièce d’une belle élégance ne fait hélas pas beaucoup évoluer son propos, Sisyphe oblige. Et l’effet s’installe, hypnotique.
Ariane Bavelier

Sisyphe Heureux, le mythe antique magnifie par
Veyrunes

La danse, un point c’est tout
Alors que la foisonnante Biennale de la danse de Lyon s’achève cette
semaine, de beaux moments de danse et de musique nous ont e
́té
donneś àvoir. Alors que beaucoup s’eć hinent àproduire ou surproduire
du sens sans aucune base dramaturgique, et si certains y re
́ussissent,
comme Maguy Marin ou Rachid Ouramdane, d’autres, insense
́s peutêtre, le trouvent dans la danse même.
(…)
Pre
́sentédans le très agréable Théâtre du Vellein àVillefontaine (69),
le Sisyphe Heureux de la compagnie 47-49 du Grenoblois Franc
̧ois
Veyrunes est plus intrigant encore. Tableau en noir et blanc encadre
́par
des panneaux argente
́s côtécour et de panneaux bleu côtéjardin,
le spectacle qui fait re
́férence au mythe grec oùle personnage ayant
de
́fiéThanatos est condamnéàla tâche éternelle de porter une pierre.
Apre
̀s Tendre Achille pour trois hommes et Chair Antigone pour trois
femmes, ce troisiem
̀ e volet d’un triptyque réunit les six interprètes. Il est
l’aboutissement d’un travail au long cours relevant autant de l’obstination
mentale que de l’entrai
̂nement physique. On ne perd pas une miette
des gestes re
́pétitifs et des variations, jusqu’àposer son regard sur
un pied ou une main ouverte qui prend appui au sol. Tout est question
de poids, d’e
́quilibre, de doigté, d’accord entre les corps féminins et
masculins. Au ralenti (O
̂temps ! suspends ton vol), les danseurs se
nouent et se de
́nouent. Les portés sont de haute voltige et l’on imagine
l’inlassable travail de gainage des corps, les femmes portant eg
́ alement
les hommes. Ec
́happant àla lourdeur de la pierre, transportant les autres,
les interpret
̀es liber̀ent une et́range libertéoùil est tout àla fois question
d’une mesure en joule et en vers poe
́tiques. C’est passionnant, de haut
niveau, troublant par les ententes parfaites des corps. On n’en doute
pas, Franc
̧ois Veyrunes est un Sisyphe heureux et l’on s’en réjouit.
Marie-Christine Vernay
26 septembre 2018

Les mouvements sont au ralenti comme si le temps était suspendu.
Les gestes sont rep
́ et́eś àl’envi. Solo, pas de deux ou danse de groupe
el
́ectrisent le public, l’hypnotisent. Franco̧ is Veyrunes invite àune danse
magne
́tique, transcendantale d’une rare beauté. Un moment de grâce
singulier et fascinant !

Sur un sol immaculé, deux danseurs, une femme et un homme de noir
vet
̂us, font leur entrée. Leurs pas glissent lentement, doucement. Leurs
gestes semblent e
̂tre en suspension. Les enchaînements de portés
captivent, e
́blouissent. Soulignépar une musique des plus envoûtante
aux accords iter
́atifs, le ballet de Franco̧ is Veyrunes est un enchantement,
une balade onirique hors du temps et de l
espace.

Bien quancreś au le sol, les six danseurs, tous exceptionnels, semblent
e
́trangement aériens. Jouant sur les rythmiques, travaillant avec
minutie les ralentis, les accel
́eŕeś, Franco̧ is Veyrunes reínvente le mythe
de Sisyphe.

Subjugué par la facilité confondante avec laquelle Marie-Julie
Debeaulieu, Gae
́tan Jamard, Jeremy Kouyoumdjian, Sylvère
Lamotte, Emily Me
́ziè
res et Francesca Ziviani contraignent leur
corps, exe
́cutent les enchaînements hautement physiques, imaginés
par le choreg
́ raphe poet̀e, le public se laisse totalement embarquer dans
cette ronde magique en noir et blanc, par ce ballet onirique au-dela
̀de
la pesanteur, de la re
́alitéUn bijou dansé, élégant, rare !

Par Olivier Fregaville-Gratian dAmore – L’oeil d’Olivier
30 juillet 2018

 

Les Sisyphe physiques et philosophiques
de François Veyrunes

Sisyphe heureux : Aboutissement en fanfare de la trilogie commencée par Tendre Achille et Chair Antigone.
Trois créations, et une conclusion. Sisyphe heureux de François Veyrunes, pièce réunissant les trois interprètes féminines de Chair Antigone et les trois
hommes de Tendre Achille, confirme toutes les hypothèses chorégraphiques des deux volets précédents. Par exemple, celle qui stipule que l’homme
a besoin de se trouver face à l’inéluctable et à plus fort que lui pour réussir à se définir. En danse, cette force majeure est incarnée par le temps et la
gravité. Dans sa trilogie, Veyrunes transforme ces deux dimensions en danseurs à part entière, si bien que chaque volet de sa trilogie est de fait un
pas de trois entre le temps, la gravité et le personnage en question.
Heureux, Sisyphe ?
Selon Camus, Sisyphe serait heureux. Et pourtant, il a une histoire. Les Sisyphe de Veyrunes, eux, n’en ont pas. Leurs chances de bonheur sont donc
doubles. Au bonheur chorégraphique s’ajoute celui d’être ensemble. Et si Camus fait figure de point d’arrivée au bout de ce voyage en Tragédie, il pourrait aussi bien en être le point de départ. Car en vérité, cette trilogie s’intéresse avant tout à la condition que nous partageons avec les trois héros-titres, alors que leurs sorts particuliers résonnent en arrière-plan.
Une trilogie donc, pour démontrer – brillamment, grâce à une écriture très personnelle et tout aussi aboutie – que les humains sont ainsi faits qu’ils se
révèlent à eux-mêmes et au monde quand ils font face à des défis fondamentaux. Chez certains chorégraphes, cela peut se traduire par une course
effrénée, jusqu’à l’épuisement. C’est par ailleurs un véritable courant de la création actuelle, de Jan Martens à Olivier Dubois, de Julie Nioche (avec
Les Sisyphe, justement) à (La) Horde etc., qui cherche à saisir la vérité de l’interprète en faisant craquer le vernis du corps en pleine maîtrise du mouvement.
A la croisée des axes
Si Veyrunes partage l’intérêt d’éclairer ainsi ses interprètes, sa trilogie ne repose pas sur la répétition mécanique d’un geste du quotidien. Au contraire,
elle développe un défi chorégraphique particulièrement sophistiqué, comprenant le corps comme l’interface de deux axes, l’un horizontal et lié au
temps, l’autre vertical et soumis à la gravité. Leur croisement fait surgir cette dimension interrogeant directement les possibilités de l’homme à se dé-
terminer par sa propre volonté.
Les étonnants portés dans Sisyphe heureux font donc régulièrement surgir des figures de croix. Pour réaliser ces constellations, les danseurs s’appuient sur le corps partenaire et le sol. Ils tirent donc profit de la gravité pour conquérir une verticalité spirituelle. Cette liberté leur permet un basculement ex nihilo de l’horizontale à la verticale qui s’effectue avec une facilité déconcertante. C’est la démonstration chorégraphique du libre arbitre,
élément central dans la recherche de Veyrunes. Par comparaison, chez Martens, Dubois et les autres, c’est l’inverse qui se produit. Le corps est
contraint à la répétition perpétuelle du même geste, dans une situation sans issue, où il se fatigue et rend les armes face à la gravité. Ces Sisyphe-là
ne sont pas heureux de la même manière.
Une route unique qui fait sens
Chez Veyrunes, chaque suspension du temps par le corps contient l’énergie complète d’un mouvement, ainsi que le départ et l’aboutissement d’une
situation chorégraphique donnée. A l’intérieur d’elle, les danseurs surfent sur les ondes gravitationnelles et sur l’adversité qui les dépasse et les traverse, aidant l’humain à grandir. Aussi chaque interprète devient un véritable univers en soi. Dès le départ, dans les duos ouvrant Sisyphe heureux,
on sent que le ralenti, basé sur un séquençage fluide du geste, traduit le temps requis pour se placer dans une intense conscience du monde.
Les différences entre les approches de Veyrunes et d’une Myriam Gourfink sont tout aussi intéressantes. Gourfink opère un découpage microscopique
du geste pour aborder le mouvement de l’intérieur du corps même. En revanche, les Achille, Antigone ou Sisyphe de Veyrunes traversent le mouvement du monde. Et finalement, l’approche de Veyrunes, qu’il définit comme basée sur des défis gravitaires, n’existerait pas sans un certain Merce Cunningham. Le Newyorkais travaillait sur les limites de l’équilibre, mais allait vers une abstraction certaine qui ne privilégiait pas les personnalités des
interprètes. Veyrunes lie les défis gravitaires à une forme de danse contact et révèle les êtres.
Il signe par ailleurs également l’univers sonore de Sisyphe heureux. Dans son désir de réunir sensualité et spiritualité, il tombe sur une même ligne
d’ondes avec John Coltrane, par une boucle de quatre notes jouée à la basse, renvoyant directement au thème principal dans A Love Supreme, cette
suprême revendication de mariage entre le charnel et l’espérance. C’est sur ce rythme lancinant, tirant subtilement mais irrésistiblement vers le haut,
que s’accomplit la fusion des trois méta-Antigone et des trois para-Achille. Et il n’y a plus de doute: Ensemble, ils forment un Sisyphe qui est heureux.
Et François Veyrunes est un Camus du geste.
Thomas Hahn

La conquête en dansant

“(…) le spectacle met le corps du danseur à l’épreuve. C’est de la danse au travail, un rapport au corps et au coeur qui repose sur un canevas si mince, celui de l’altérité dans un espace clos qui, pourtant, nous parle avec pertinence du monde qui nous entoure. (…) La dynamique repose sur les corps des danseurs montés sur des ressorts, capables d’aller chercher au plus profond d’eux cette énergie vitale et charnelle dans un concentré d’émotions et de poésie. Ici, on danse. Et c’est formidable.”

MarieJosé Sirach l’Humanité 28 juillet 2008 

“La 7e édition d’Instances

lui doit une part de son intitulé, « en compagnies ». Car François Veyrunes, installé dans la région grenobloise, y mène depuis des années un patient travail de compagnie qui porte ses fruits, à la fois dans une relation aux publics comme dans la fibre des matières chorégraphiques qu’il met en jeu. Dans Malgré nous(?), il réunit trois interprètes sur les pas de SaintAntoine, ou plus exactement, sur le chemin d’un très subtil et charnel jeu de sensations entre tentations et fantasmes, imaginaire et désir. Même si une lumière rougie, comme le sang de la passion, nimbe le plateau; et que des guitares saturées emplissent parfois l’espace sonore, une ineffable et mystérieuse douceur circule dans ce poème des corps dansés, qui se propage de la scène à la salle. Éminemment sensuelle, la danse y trouve alors pourtant le secret de quelque initiation mystique.”

JM Adolphe – Festival Instances 7 /Espace des Arts Scène nationale de Chalon sur Saône – novembre 2009

Variations infinies des corps

…C’est une danse envoûtante, sublimée par des pas de deux ou de trois, des solos, des portés enivrants qui défient la pesanteur en même temps que les codes du féminin et du masculin…

…Jérémy Kouyoumdjian, Sylvère Lamotte et Leila Pasquier semblent véritablement taillés dans le marbre des statues antiques…

…Leurs silhouettes se reflètent sur un sol miroir au gré d’une lumière diffuse qui dévoile, sans jamais la révéler, la part du mystère et du sacré qui se joue sur le plateau…

…L’harmonie des corps qui émane de ce bel ensemble polyphonique évoque avec force un monde enfin apaisé, presque réconcilié, où le féminin et le masculin se croisent, se mêlent, se démêlent et s’emmêlent sur une ligne de vie qui ne file jamais droit mais qui dit un peu de notre humanité.

MarieJosé Sirach l’Humanité 13 juillet 2012 Festival d’Avignon

Ferventes rencontres

On ressent le travail de fond considérable mais aussi cette impérative conscience de l’autre (…) le résultat est là : beau ou un peu dérangeant selon les spectateurs, mais chacune de nos cellules est en chemin réveillée, éveillée, oxygénée, surprise, rassurée. Notre corps peut se souvenir qu’il a une mémoire prête à se révéler ou à poursuivre sa quête de vie.

Dominique Degryse La Marseillaise 22 juillet 2008

 

 

Médiation artistique

« …Et si, finalement, dans l’impossibilité de donner une « vraie » définition à la médiation, on retenait cette formule récente du chorégraphe François Veyrunes (Compagnie 47•49), qui conduit de nombreuses actions de médiation à l’hôpital, dans les couloirs, dans les chambres des malades : « On a rien à vendre. Nous proposons, nous transformons l’espace du quotidien. Ensuite, les gens disposent. Il n’y a pas de discrimination entre nous, les valides et eux les malades. Nous partageons juste, un moment, un terrain de jeu. » Car finalement, plus que sur une méthode la médiation artistique et culturelle doit se fonder sur une éthique. »

Cyrille Planson in La Scène n°66 Automne 2012 page 78

Ce qu’ils en disent…

Brigitte Livenais Directrice du THV
St-Barthélémy-d’Anjou (49)

Il suffit parfois de peu de choses, cerner intentions et intuitions, pour que idées et corps se mettent en mouvement. Ce peu est déjà un plein, territoire du silence  intérieur, lieu de naissance de ce mouvement.
Avoir l’intelligence, la sensibilité, la simplicité  d’être à l’écoute de cet espace et de l’écrire de manière singulière, c’est la matière que François Veyrunes met en œuvre.
Ce qui me touche dans son travail ce sont       les états de corps sensibles et sincères où rien n’est artifice, où tout prend sens. Être digne en explorant équilibre et déséquilibre dans ses extrêmes, ne rien concéder à la facilité, affronter sans violence mais avec constance le chemin et le tout dans une profonde humanité, laisser un espace à l’autre que chacun peut s’approprier et y reconnaître quelque chose de soi.
Les corps des interprètes y sont généreux, splendides de beauté, de fluidité, d’énergie contrôlée, passionnés et alternativement distants, des corps respirant, regardant, s’écoutant d’une sensualité allant jusqu’à l’animalité, des corps magnifiés !
L’écriture scénographique de Philippe Veyrunes accompagne subtilement la danse et concoure à l’intelligence globale de la pièce. Invitation à entrer dans un univers poétique et onirique.

Quelque chose d’intime se noue…se pose !

« L’intention c’est l’action de mon corps la mémoire c’est la demeure de mon âme la création c’est mon cœur agrandi »

Carolyn Carlson brins d’herbe

 

 

Jean-Pierre Chambon
Ecrivain

Un soulèvement

Est-ce d’avoir mené des expériences chorégraphiques      extrêmes, jusque dans la chambre de malades en soins   palliatifs, ou encore face à des détenus en maison d’arrêt ou auprès de personnes handicapées, que François Veyrunes a chargé sa danse d’une telle gravité ? Gravité qui est, au sens propre, acceptation des lois de la pesanteur, mais aussi désignation d’un point vital. Car ce que cherche à       figurer le chorégraphe n’est autre que la capacité d’insoumission, mobilisable en chaque être, fondamentalement, fût-il dans une situation désespérante. Tension entre appuis et suspensions, transferts de poids et déséquilibres rattrapés, tout à travers une  dynamique de gestes et de mouvements         exprime un sursaut au bord de l’abîme, une tentative de    résistance dos au mur. François Veyrunes mise sur un soulèvement de ce qui est sur le point de défaillir, car lorsque la chute menace, que les forces ultimes s’épuisent, choir n’est pas nécessairement déchoir. Langue muette et physique, abstraite et métaphorique, calligraphie de corps se mouvant dans l’espace, la danse décline ici les phases, élans et       retenues, d’une sorte de transfiguration. Quel matériau plus humain que le corps du danseur ? Corps sublimé, porté au plus haut degré de sa plasticité, corps pensé, qui est aussi pure présence vivante. Les corps qui dansent dans l’espace, qui s’entrecroisent, s’accompagnent, s’évitent et s’empoignent, font en définitive danser l’espace autour d’eux. Par sa propre poétique du mouvement, par cette sculpture      dynamique, François Veyrunes donne sens à ce qui motive son art : l’humain, jamais trop humain, splendide jusque dans son vacillement.

Marie-José Sirach
Journaliste Chef du service culture de l’Humanité
Présidente du syndicat de la critique dramatique danse et musique

François Veyrunes,un chorégraphe au plus près des corps

Il y a quelques années, dans les rues d’Avignon. Un flyer tendu, un inconnu qui vous aborde et vous parle de danse. Quelques mots et la curiosité, la passion que l’on devine sourdre à chaque intonation. Et que l’on retrouve, démultipliées, à nue, à crue, sur le plateau, à travers les corps des danseurs, surgissant de l’inattendu. La dynamique des corps contre la mécanique de l’esprit. L’intelligence du cœur surtout, partout. Alors ça souffle, ça respire, ça expire. Mouvements charnels et sensuels, les corps plient mais ne rompent pas. Ils épousent les méandres de la mémoire humaine, s’enroulent, se      déroulent, s’évitent, s’affrontent dans des mouvements      induits. Ces corps racontent une histoire, des histoires d’hommes et de femmes, perdus / retrouvés, enlacés /     défaits. Il y a de la mythologie dans l’air, sulfureuse, joyeuse, vivante, palpitante. Une liberté revendiquée, des chemins empruntés au hasard, au gré du vent, d’une partition sonore minérale qui aiguillonne l’ouïe, d’une parole poétique qui repousse loin l’horizon des possibles. La danse comme autant de signes palpables pour dire notre monde malmené, fracassé mais debout, à deux, à trois. Qu’importe le nombre, c’est l’autre et lui seul qui compte, celui qui tend la main, enlace, défie l’apesanteur, arrête le temps. La danse de François Veyrunes est un voyage cosmologique, une invitation à braver l’inconnu, les peurs et vous réconcilie avec l’humanité.

La presse en parle

press




Beaux Quartiers, n° 22 printemps 2015.


L’Humanité, 15 juillet 2014.

La Marseillaise, Vaucluse, 20 juillet 2014.